Quand j’étais à la petite école, j’étais certain que si je trempais mon orteil dans le fleuve Saint-Laurent, il allait fondre. On voyait les usines déverser leurs cochonneries dans les cours d’eau pis je les imaginais radioactives. J’avais une imagination moyenne pis les infographistes des bulletins de nouvelles faisaient leur job d’en beurrer épais. C’était convaincant.1
À Edmundston, ville d’adoption de ce grognon, le monde devait avoir la même image que moi. Personne se baignait de façon délibérée dans la rivière Madawaska passé le moulin, pis c’est encore vrai à ce jour. Faut dire que ça nécessitait pas beaucoup d’imagination quand on voyait la grosse usine de pâtes et papier, avec sa boucane qui pue.2
Dans les années 80, les nouvelles martelaient les pluies acides, avec des images dignes d’un cover d’album heavy metal du temps. J’ai compris ce que je pouvais, selon ce qu’ils nous montraient. J’avais des visions qu’en l’an 2000, la pluie allait faire fondre les chars, probablement notre peau aussi.3 Mon raisonnement a été validé quand Saturn a sorti sa ligne de chars en plastique. GM avait compris.4 Si j’ai bien écouté en chimie, l’acide fait pas fondre le plastique.5

Après, on parlait du trou d’ozone. Dans ma tête, on allait marcher dehors pis ça allait être comme passer dans une machine à rayons X dans les cartoons. On allait voir le squelette de l’autre quand il marchait en plein soleil du midi.
Bref, le trou d’ozone, les CFC y étaient pour quelque chose, pis ils les avaient enlevés du spray net à la fin des années 70.6 Fait que le monde pouvait s’en servir sans se soucier de nuire à la stratosphère. Ça a donné une décennie complète de crinières soudées au spray net.7 Pas moi. J’assumais mes cheveux plats, ternes pis sans corps. Faut dire que j’ai jamais été coquet. Mais sans CFC, comment mon frigidaire allait refroidir mon jus d’orange pis mon Coca-Cola?8
C’est le « Protocole de Montréal » de 1987 qui a sauvé le monde du trou.9 Un accord international qui a fini par bannir les CFC. J’ai grandi à Montréal. Je me sentais comme si j’avais fait partie de la solution malgré mon jeune âge de 15 ans.
Trois fins du monde, pis thank God que je suis encore là.
Asteure, les bozos à la tête des grosses compagnies d’IA nous annoncent allègrement les chances que l’IA tourne vraiment mal pour l’humanité. Un dit 20 %. Un autre dit 25.10
Bon, une autre fin du monde, à mon jeune âge de 54 ans.
Imaginez le boss du moulin aux nouvelles : « Il y a une chance sur quatre que nos rejets tuent la rivière, pis tout ce qui se trouve plus bas. V’nez porter votre CV, on engage. »
Les bozos, eux, annoncent la même chose, mais ils ont un plan B. Un se bâtit un abri souterrain sur une île.11 Un autre veut s’en aller sur Mars.12 Un autre vient de déménager sa famille en Argentine, au cas où.13 Je dis pas que c’est relié. Je dis juste que ça rassure pas.
Mais là, une minute... Criss. Ça serait pas plus simple, pis moins cher, de programmer quelque chose qui va PAS nous tuer?
En attendant, le monde se révolte contre les data centres.14 Comme si on avait une intuition que ça fait partie du risque existentiel de nos bozos. Une grosse boîte sans fenêtres au bord du village, ça nécessite pas beaucoup d’imagination. Oui, ça va éliminer des jobs, mais trouvez-vous des hobbys.15
Faut penser que les data centres qui existent déjà ont encore tué personne, sauf le bon goût pis notre créativité. Ils font des vidéos de chats invraisemblables, des posters laites pis d’autre slop. « More. More. More. » Dans ma tête, l’IA c’est comme Chucky. Pas de switch off, pas de snooze, pis on peut pas le débrancher.
Quand on est jeune, on se fait dire qu’on est naïf. C’est vrai que l’orteil aurait pas fondu. La pluie a pas mangé les chars, pis j’ai jamais vu le squelette de personne. Mais la rivière était sale, la pluie était acide, pis il y avait un trou dans le ciel.
Sans tout comprendre, on peut savoir qu’il y a un problème.
Sous-titres
Depuis, le fleuve s’est beaucoup amélioré. C’est pas réglé. En 2015, Montréal y a encore déversé des milliards de litres d’eaux d’égout pas traitées, le temps de réparer un égout. Gouvernement du Canada.
Les gens du moulin disent que ça pue pas. Ils ont peut-être raison, je suis jamais allé dedans. Mais on va s’entendre que la boucane pue par contre. En passant, une phrase marquante de quelqu’un quand j’ai déménagé dans le coin : « Ça pue, mais on est gentils. »
Quand j’étais jeune, on parlait toujours de l’an 2000 pour dire quelque chose de lointain.
Saturn, une division de GM. Les chars sont sortis à l’automne 1990 avec des panneaux de côté en polymère. Ça rouillait pas pis ça bossait pas. Pour la pluie acide, on saura jamais.
Au sujet de ces pluies acides, le Canada pis les États-Unis ont signé un accord en 1991, pis ça a marché. Au point qu’en 2023, un lecteur a écrit au Devoir pour demander où elles étaient passées. Le Devoir.
Deux chimistes avaient prédit le problème en 1974, sur papier. Les États-Unis ont banni les CFC dans les cannes en aérosol en 1978. Le Canada a suivi en 1980. Le trou au-dessus de l’Antarctique, lui, a été annoncé en 1985. Un exemple que le gouvernement peut être proactif.
Si vous suivez, je parle des années 80.
J’avais pris le camp de Coke contre Pepsi. La guerre des colas était épique dans le temps. Pour le frigidaire, ils ont changé le gaz dans les années 90. Le jus pis la bière, qui a remplacé le Coke, sont restés froids. Personne a posé de questions.
Signé à Montréal le 16 septembre 1987, en vigueur le 1er janvier 1989. Tous les pays du monde l’ont ratifié, quelque chose de rare. Pis ça marche : le trou au-dessus de l’Antarctique devrait être refermé vers 2066. ONU.
Le 20 %, c’est Elon Musk (xAI). Le 25 %, c’est Dario Amodei (Anthropic), en septembre 2025 : 25 % de chances que ça tourne « really, really badly ». Pis 75 % que ça aille très bien, qu’il a dit aussi. Il a ajouté qu’il haïssait la question. Axios, 17 sept. 2025 pis Axios, 9 sept. 2026.
Mark Zuckerberg, à Kauai : un abri souterrain de 5 000 pieds carrés, avec sa nourriture, son courant pis une trappe de secours, selon une enquête de Wired (décembre 2023), reprise par Fortune. Lui, il dit que c’est juste une petite cave. Fortune.
Lui, tout le monde sait c’est qui. Il en parle depuis bien avant l’IA.
Peter Thiel. Un manoir de 12 millions à Buenos Aires, les enfants à l’école là-bas, selon le New York Times (mai 2026), repris par le Washington Times. Parmi ses raisons rapportées : les impôts, la guerre nucléaire pis l’intelligence artificielle. Lui, il lance pas de pourcentages. Il préside Palantir pis il fait ses valises. Washington Times.
Aux États-Unis, on leur reproche de forcer le réseau électrique, de nuire à l’environnement pis de faire monter les factures. Reuters, publié par Yahoo Finance, 7 sept. 2026.
Un bozo a vraiment dit ça, ou presque. Elon Musk, en novembre 2025 : d’ici 10 à 20 ans, travailler va être optionnel, comme un hobby. Comme faire pousser ses légumes au lieu de les acheter. Fox Business.

