Goddam. Problèmes d’Internet au bureau. Assez sérieux pour que ça soit investigué de fond en large. Je réalise que le modem qui me connecte au monde est désuet, peut-être deux générations en retard. Oui, ç’a dégénéré rapidement. Il m’en faut un neuf.
J’appelle mon fournisseur Internet. Pas besoin de le nommer, sinon il va se reconnaître pis il fera rien du tout1.
Où t’appelles, quand tu veux parler à ton fournisseur? Y a plus de bottin téléphonique. Je regarde la correspondance que je reçois fidèlement chaque mois, sans faute : la facture. Bonne idée. J’ai sauvé beaucoup de temps, parce que le site Web me considère comme un client potentiel, pas comme un client existant.
J’appelle. 2 pour français, 2 parce que le client est une entreprise, 1 pour le service technique. Rendu à 15 minutes d’attente2, la musique circulaire arrête. Un message enregistré interrompt mon travail. On me demande de répondre à un sondage. Bizarre, mais j’écoute.
« Sur une échelle de 1 à 10, comment évaluez-vous le service obtenu aujourd’hui? »3
Whoa. Un piège? Ma réponse serait à développement, parce qu’ils ont rien fait pour m’aider encore. Rendu là, c’est zéro. Pis zéro est pas dans les choix.
Je pitonne des chiffres pour répondre aux questions, poliment, toujours. Pis là, ça raccroche. Le téléphone a raccroché. Je me suis fait raccrocher au nez4.
Bof. Je rappelle. Bang, le sondage embarque dès le départ. J’ai révisé mes réponses à la baisse. Dramatiquement.

Je trouve un autre numéro, demandez-moi pas où. Le premier semble brisé. Ont-ils appelé le réparateur? Après une attente raisonnable quand même (7 sur 10, si vous voulez savoir), je parle à un humain. Une personne de bonne humeur. Ça a remonté mon humeur de quelques points, je dois avouer.
J’explique la situation, rapidement. On me dit: « Bien sûr, monsieur le grognon, on vous envoie un nouveau modem sur-le-champ. Pour l’autre, faites un don au musée. » Le musée, c’est moi qui l’ajoute, pour m’amuser. J’avais pas encore archivé mon humeur.
« Il me reste à prendre votre numéro de compte, et on procède avec le reste à haute vitesse. »
« Ah, monsieur le grognon, vous avez un compte commercial, je vois. Ici, c’est le service résidentiel. »
Voyons donc. J’avais bien pesé le piton 2 pour entreprise.
On me transfère au service de rétention. Ça sonne. Pas de réponse. Je commence à me demander quoi ils voulaient retenir, au juste.
Je me souviens plus de ce qui s’est passé après. Le noir de mon humeur a rendu ça vague à l’écriture. Mais je finis par parler à quelqu’un.
« Bien sûr, monsieur le grognon. Votre modem R3000 est maintenant une relique. » R3000, c’est le nom du modèle, quelque chose de même. « Bonne nouvelle: je peux vous offrir un nouveau modem si vous reprenez le service de téléphone, avec un contrat de trois ans. »
Note de la rédaction : cet espace a été laissé vide. Le disjoncteur a sauté.
Pas besoin de dire ce qui s’est dit. Des mots moralisateurs, dits à une pauvre personne qui fait juste sa job. Je salue d’ailleurs les personnes vivantes qui travaillent encore au service à la clientèle. Vous êtes quand même en voie d’extinction. Mais je me demande bien de quelle planète il vient, votre employeur.
Pas grave, au final, je vais l’avoir, le modem. Encore plus de vitesse, et pour moins cher. Mais avec une ligne téléphonique, même si j’en veux pas. Ils se sont pas gênés pour me le dire: « Monsieur le grognon choqué, pas besoin de l’utiliser. »
Être cynique, je pourrais penser que quelqu’un, en haut, a un bonus au nombre de lignes vendues. Qu’elles servent ou pas.
Au résidentiel, le modem, je l’aurais eu sans flafla. Au commercial, celui qui paie plus cher, ben ça vient avec un contrat. C’est le piton 2 qui m’a coûté la ligne. J’ai fini par comprendre ce qu’ils voulaient retenir au service de rétention. Moi. Pour trois ans.
Le téléphone terrestre, toujours un service public? Sur papier, oui. La compagnie de téléphone est obligée de servir tout le monde, jusqu’au bout du rang5. Dans le temps, quand ça brisait, ils réparaient sur-le-champ. Pas besoin d’appeler6.
Une panne d’électricité, pis le vieux téléphone sonnait pareil. Son courant arrivait par le fil, imaginez la technologie! C’était ça, un service public: la chose qui marche quand tout le reste tombe (sauf un arbre sur le fil).
Celui qu’on m’impose7 se branche dans le modem, pis le modem dans la plogue8. Si le courant ou l’Internet lâche, il lâche avec.
Mon téléphone, en ce moment, c’est pas eux, j’ai un petit fournisseur. Quand je veux quelque chose, je lui envoie un courriel, pis un humain me répond promptement. Sauf que ce téléphone-là passe par l’Internet, lui aussi.
Fuck. C’est avec lui que j’appelle quand l’Internet saute9.
Bientôt, je vais avoir deux téléphones sur le même modem. Un que j’utilise, pis un que j’ai pas besoin d’utiliser. Si le breaker saute, les deux tombent pareil.
Deux lignes. Zéro téléphone.
Pis zéro est pas une option.
Entre les lignes
Ok, c’est Bell Aliant.
Pas vraiment d’attente. Je suis futé, j’ai mis ça sur main libre pis je travaillais sur autre chose.
Je cite pas vraiment, je paraphrase. J’ai pas écrit les questions, pis ma mémoire est ce qu’elle est.
Drôle d’expression. Le nez est pas impliqué pantoute dans l’exercice.
Le CRTC appelle ça l’obligation de servir, « quels que soient la situation et l’endroit ». Moi, je dis jusqu’au bout du rang. (CRTC, Politique réglementaire de télécom 2020-40)
Souvent, ils le détectaient eux-mêmes. Pis de toute façon, on pouvait pas appeler: le téléphone était brisé. Je parle de mon temps, avant le cellulaire pis Internet.
Pendant ce temps-là, à Toronto, Bell ferme des lignes (sur cuivre). Ceux qui en veulent une la perdent. Moi, j’en veux pas, pis j’en ai une... ouain, c’est peut-être pas du cuivre. Une ligne virtuelle. Probablement que c’est l’IA qui va l’utiliser. (iPhone in Canada, septembre 2026)
Sur la fibre, c’est Bell lui-même qui le dit: pendant une panne de courant, le téléphone marche pas, le 911 non plus, à moins d’acheter une batterie. (Bell, Soutien)
Ben oui, j’ai un cellulaire. Mais c’est mon histoire. C’est comme me dire: t’as perdu une main, ben prends l’autre. La vraie affaire, je les veux les deux.

