J’arrive d’Écosse. Deux semaines à conduire du mauvais sens. Mon épouse avait peur que j’oublie comment bien conduire en revenant. Je lui ai pas dit, mais je conduis bien tout le temps.
Au bureau de location, le gars me demande si j’ai déjà conduit à gauche. « No! », que je lui dis en bon anglais. « I normally drive on the right side of the road. » Je suis pas certain qu’il a compris le sens de mon commentaire impérialiste. Bof. J’ai pris les clés, ma valise, pis direction l’auto.
« Oh. The steering wheel is on the right side », que je me suis dit en voyant le char, dans ma version de la langue locale.1
Ça a mis un bémol, ou un dièse, à ce que je venais de dire au gars du comptoir.
Heureusement, l’accélérateur reste à droite. On the right side, for all. Mais pas les clignotants. Ça m’a amené à une profonde réflexion : les gens au Canada qui mettent jamais leurs clignotants, c’est peut-être juste du monde qui a appris à conduire au United Kingdom. Pis leur windshield est toujours sec. C’est quand même bizarre qu’ils se rendent pas compte qu’ici, les clignotants partent les wipers.2
Il y a une affaire, là-bas, qui avait du bon sens : les chemins « single track ». Ça vous amène où vous voulez, mais un seul sens à la fois. Avec ben des échappatoires, pour laisser passer celui qui s’en vient dans l’autre sens. Quand on se croise, on fait comme les gars de moto : la main levée, pour remercier l’autre de nous avoir laissé passer.3 Comme s’il pensait pas que moi aussi, je voulais passer.
Faut avouer que c’est le fun de se faire saluer en conduisant. Autant qu’un collant d’étoile sur un devoir à la petite école.
On fait pas ça beaucoup en Amérique du Nord, des routes single track pavées. On a utilisé notre bon sens : ça nous prend des routes ben larges, pour qu’on puisse contourner les nids-de-poule. On a tout prévu.4
En ville, là-bas, les chemins à double sens deviennent des single tracks quand le monde se stationne. Nous autres, on fait des sens uniques. À Montréal, je l’ai vu : tout le monde veut passer en premier. L’impasse.
Pis aux stops, dans ma petite ville, c’est le contraire. On a trop souvent le réflexe de laisser passer tout le monde avant. Par politesse, par savoir-vivre. Pas par savoir-conduire.
Le rond-point règle ça. « Vas-y » quand c’est ton tour. Sors à ta sortie. Sinon tu vas nulle part. Ça fait ben du sens.
Dans un rond-point, au United Kingdom, il y a juste une affaire à surveiller : celui qui s’en vient de la droite. Ici, on se méfie de la gauche. Qui a raison? Moi, je regarde des deux bords. Comme on a appris à la petite école. Je prends pas pour acquis que l’autre regarde du bon sens.
Il y en a un, au sud, qui a promis une révolution du bon sens. Après quelques centaines de ronds-points, je peux vous le dire : une révolution, ça peut vous sortir à la mauvaise place, pis du mauvais sens.
Pis dans un rond-point, une révolution complète vous ramène au même point. Avec moins d’essence.
Je parle pas le gaélique, pis j’ai pas le fabuleux accent écossais.
Note de la rédaction : oui, dans la voiture louée, les essuie-glaces et les clignotants étaient inversés. Pour lui, pas pour eux.
Les gars de moto, eux, saluent pas les chars. De toute façon, les chars les voient pas.
Là-bas, j’en ai presque pas vu. Moins d’asphalte à entretenir, j’imagine. Ici, on aime mieux critiquer les gens de la voirie que blâmer la neige pis le gel. C’est pourtant pas eux autres qui font la pluie et le beau temps.


